Vivez un moment Antarctique

aquarelle-antarctique-dec-2016-2

aquarelle-antarctique-dec-2016-4

L’Antarctique reste toujours autant indescriptible, mais je vais essayer de vous partager un des moments magiques de ce voyage hors du temps.

On navigue au petit matin après une « nuit » où le coucher et le lever de soleil se succèdent. On arrive à la péninsule après notre fabuleuse escale dans la mythique île volcanique de Déception. À peine sortie du bateau pour commencer mon quart, j’y vois entre les icebergs une baleine à bosse sauter hors de l’eau! Produisant un grand « boom » dans le silence Antarctique.

On arrive près du mouillage repéré sur les cartes, mais il est rempli de glaçons plus gros que le bateau. On fait demi-tour malgré nous pour essayer de trouver un autre mouillage de l’autre côté de la pointe. On mouille donc dans cette baie paradisiaque entourée de manchots et d’icebergs gigantesques. Mais avec l’annonce de vent de Sud-Est, l’endroit ne plaît pas beaucoup au capitaine… On reprends donc la route vers l’inconnue après cette trop courte escale.

aquarelle-antarctique-dec-2016-yvesaquarelle-antarctique-dec-2016

À peine sortis du mouillage on voit un regroupement d’orques passer derrière le bateau. Décidément, nous sommes vraiment dans un endroit merveilleux. Sous le soleil, sans un souffle de vent on continue notre route le sourire aux lèvres. Juste au moment où Yves, notre équipier, rentre dans la douche, le vent se lève. On passe de zéro à trente noeuds en quelques minutes. On se mets à avancer à 8-9 noeuds sous trinquette seule. Yves ressors de sa douche sportive sans trop comprendre comment le temps à changer si rapidement… Bien vite, on arrive dans les glaces; un mur de glaçons se forme devant nous. On se met à zigzaguer tant bien que mal pour les éviter. On est plusieurs postés à gauche et à droite pour indiquer la direction au barreur. Tout le monde sans se le dire se demande si on va réussir à passer ou si on devra faire demi-tour. Miraculeusement, les glaces ont diminués et le vent à l’approche de l’île a aussi fini par baisser. Après quelques heures de navigation assez stressantes, tout le monde est heureux que ça se termine, mais aussi heureux d’avoir vécu ce moment si particulier. Malheureusement, dans les vagues, le vent et l’incertitude personne n’a pris de photo. Ce moment ne restera donc que dans nos mémoires.

On arrive près d’une île que l’on ne connait pas, où l’on espère trouver un abris pour la nuit, car voilà déjà près de 48 heures que l’on navigue. Notre merveilleux capitaine nous trouve une baie magnifique bordée de glaciers et d’une colonie de manchots jugulaires! Mon coup de coeur!

aquarelle-antarctique-dec-2016-3

On y passe la nuit en faisant tout de même des quarts de mouillage. D’ailleurs on a dû remouiller en pleine nuit à cause qu’un iceberg de la taille d’un bus est venu nous coller d’un peu trop près.

Le lendemain, on se reveille avec toujours le magnifique soleil qui ne se couche jamais et sous le ciel bleu on pars explorer la côte. On monte assez haut pour y voir Venus en tout petit et les sommets des montagnes aux alentours. Il y a tellement peu de bruit qu’on y entend même les baleines qui se promènent dans la baie!

On pars malgré nous de cet endroit merveilleux pour gagner un autre mouillage de la péninsule. Et là, après quelques minutes de navigation on se doit de couper le moteur car les baleines à bosses sont partout autour de nous. On ne sait plus où regarder. On entends leurs souffles rauques à chacune de leurs sorties. L’une d’elle me fait lâcher un petit cri quand elle sort à quelques mètres du bateau. Le temps s’arrête pour nous; pour vivre un instant au rythme des souffles.

Et le voyage à continuer comme ça dans le temps suspendu des jours sans nuit.

En espérant que vous avez pu, au rythme de mes mots, vivre un peu de la magie Antarctique.

aquarelle-antarctique-dec-2016-2-2

 

 

La Fabuleuse histoire de Fanette l’Affreuse au Groenland

livre-fanette-suite-8

À ma nièce Axelle

Qui donne des ailes à mon imagination…

livre-fanette

Bienvenue dans le monde de Fanette l’Affreuse

« Terre en vue, mon Capitaine! » cria la chienne du haut du mât.

Après des semaines de navigation tumultueuse dans les eaux de l’Atlantique Nord, Fanette l’Affreuse et le capitaine Christophe le Téméraire atteignirent finalement la terre de glace, le Groenland.

La légende d’un trésor enfoui dans un des profonds fjords de l’eest de l’île avait amené nos amis à braver vents et marées.

Maintenant, ils étaient près du but.

livre-fanette-2

À peine s’étaient-ils approché des premières îles que Fanette aperçut une drôle de bête à l’horizon. Elle se précipita à l’avant du bateau pour voir de plus près.

À sa grande surprise, ce n’était pas une bête, mais un homme flottant dans une embarcation bizarre.

Après un échange de mots et de gestes, le Capitaine comprit que c’était un Inuit nommé Ikasak venu en kayak du village de Kusuluk un peu plus au nord. Il leur proposa de le suivre jusqu’à chez lui.

livre-fanette-suite-2-3

Quelle surprise pour la Fanette d’y découvrir un village de maisons de bois multicolores. Elle qui croyait que les Inuits vivaient dans des igloos! Voyant la curiosité de la chienne, Ikasak lui explique qu’en quelques années les choses ont bien changé dans leur mode de vie. Ils ont laissé leurs maisons de tourbe et de roches pour le confort des maisons de bois scandinaves. Ils chassent maintenant les phoques et les baleines en bateau à moteur plutôt qu’en kayak. Ikasak, qui a toujours adoré le kayak, conserve précieusement celui de son grand-père, construit de bois, d’os et de peaux de phoques.

livre-fanette-suite-carte-postale-2

À peine débarquée au village, la Fanette se fit offrir une montagne de poissons frais! Elle les dévora avec appétit, tout en écoutant d’une oreille la conversation de Christophe et d’Ikasak à propos du trésor. Quelle chance, Ikasak a déjà entendu parler du trésor caché au fond d’un fjord au nord-est de Kusuluk! Il offrit une carte au Capitaine et le conseilla sur le chemin à prendre pour s’y rendre.

livre-fanette-2-2

Dans l’excitation de l’approche du trésor, nos deux amis remontèrent vite à bord pour lever l’ancre. Fanette ne lâchait plus la carte des pattes, puisqu’elle était responsable de la navigation.

fanette-laffreuse-4-2

En cherchant l’embouchure du fjord à la longue vue, elle découvrit à son grand désespoir un horizon bloqué de glaces et d’icebergs gigantesques. Malgré les dangers, leurs désirs de découvrir le trésor les fit continuer.

livre-fanette-4

Ils zigzaguaient depuis quelque temps entre les glaces à la recherche d’un passage quand tout à coup, la Fanette vit un immense dos noir émerger de l’eau. Elle n’avait jamais vu d’aussi gros poisson!

« Ce n’est pas un poisson Fafa, dit le Capitaine, c’est une baleine à bosse! Regarde, sur sa peau et sa queue on voit de petites bosses blanches. Ce sont des coquillages qui se fixent à elle. C’est pour cela qu’on l’appelle baleine à bosse.»

La Fanette n’en croyait pas ses oreilles!

livre-fanette-suite-6

Le spectacle était trop beau et au travers de ce labyrinthe de glaces, ils suivirent leur nouvelle amie qui semblait leur montrer le chemin.

Ils arrivèrent à la côte sans difficulté et la baleine repartit aussi mystérieusement qu’elle était apparue.

livre-fanette-6

À partir d’ici, ils devront continuer à pied vers le glacier. Enfin, Fanette était heureuse de courir sur la terre ferme! Elle monta une colline et de là, elle n’en crut pas son museau, il y avait une autre bête qui ressemblait drôlement à un chien, mais tout mince et d’une bien étrange couleur.

livre-fanette-7

Elle prit son courage à deux pattes et alla à la rencontre de la bête. Après la surprise de voir une inconnue, le renard se laissa apprivoiser par cet animal à drôles de rayures.

-Tu as une drôle de couleur pour un renard…  lui dit la Fanette

-C’est parce que je suis un renard arctique, l’hiver je suis tout blanc pour me camoufler dans la neige et l’été, je deviens gris-brun pour me fondre à la terre et aux roches.

-Tu as toujours vécu ici? Connais-tu le trésor caché au fond de ce fjord?

-J’en ai entendu parler, mais jamais personne ne l’a trouvé. Je peux vous amener au pied du glacier si vous voulez.

-On te suit, s’empresse de dire la Fanette.

livre-fanette-suite-4

Arrivée au pied du glacier, la Fanette était très impressionnée de l’immensité du glacier et du bleu profond des nombreuses crevasses. À peine avait-elle eu le temps de remercier le renard de les avoir amené jusque là que déjà Christophe lui attacha son harnais et la relia à lui par une longue corde. Si jamais il y avait une chute, cette corde était leur seul espoir de survie. Ils partirent immédiatement sûrs d’atteindre le col avant la nuit.

livre-fanette-suite-2

Le capitaine cria soudainement : « FANETTEEEEEEEEeeeeeeeee!!!!! »

Puis, la corde les reliait la tira violemment vers l’arrière. Christophe tombait dans une profonde crevasse! Fanette n’avait pas le choix, elle devait rapidement arrêter sa chute. De toutes ses forces et toutes griffes dehors, elle ralentit tranquillement la chute jusqu’à l’arrêt complet.

livre-fanette-suite-7

Quelle peur d’avoir pu perdre son meilleur ami! La catastrophe n’était pourtant pas encore terminée, Christophe devait réussir à sortir de là. Fanette savait qu’il lui faisait confiance, elle reprit donc rapidement son souffle et commença à le tirer hors du trou. Un petit pas après l’autre, l’espoir est revenu. Au fil des efforts, elle voit réapparaître le piolet, puis le chapeau et finalement le sourire de son maître.

« Bravo Fanette! Merci Fanette! » le remercia le capitaine avec mille câlins.

livre-fanette-suite-5

À peine l’émotion passée que nos deux aventuriers reprirent la route vers le trésor.

« Nous sommes si près du but! » lui assura Christophe.

Pourtant, le but n’avait jamais semblé si loin, pour les pattes de Fanette qui, sous l’effort, devinrent toutes meurtries.

Après plusieurs heures de marche complexe aux travers des crevasses, enfin, ils arrivèrent au col. La Fanette crut rêver lorsqu’elle aperçut la vue de l’autre côté de la crête. C’était si beau qu’elle sembla avoir cessé de respirer, elle se sentit flotter, inondée d’un bonheur sans nom.

« Fanette dépêche toi, on doit trouver le trésor avant la tombée du jour! » Aux mots du Capitaine, la chienne descendit d’un coup de son petit nuage sur les mots du capitaine et se remit rapidement au travail.livre-fanette-suite-2-2

Ils cherchèrent sans relâche le trésor, un indice, le moindre signe particulier, mais le soleil touchait l’horizon et ils restaient les mains vides. Le Capitaine s’assit sur une roche, se mit à pleurer en disant qu’ils avaient perdu leurs temps et risqué leurs vies pour rien. La Fanette se sentit impuissante devant la déception de son ami.

Le soleil continua sa chute sous l’horizon et colora le ciel, la mer et les glaciers de rose, d’orange et de mauve. À cette latitude et  à cette période de l’année, les couchers de soleil duraient des heures. C’était un spectacle magnifique.

La Fanette s’approcha de son tendre maître qui pleurait toujours la tête entre les mains, elle lui donna un petit coup de museau sous le menton pour qu’il regarde un peu le paysage spectaculaire devant eux. Elle lui mit une patte sur la cuisse pour lui faire comprendre que le trésor, il était là devant leurs yeux. Leur plus beau cadeau se fût finalement ce voyage, cette aventure, ces rencontres, ces paysages inoubliables et tous ces précieux moments passés ensemble.

Le Capitaine la serra contre lui et pleura cette fois de bonheur.

FIN

livre-fanette-suite-carte-postale
Quelles seront les prochaines aventures de Fanette l’Affreuse ?

Comment décrire l’indescriptible?

L'Antarctique sur Venus MQ-213

Le soleil se couche au pied du Cap Horn et colore le ciel de tons dorés.

Je suis à la barre depuis près d’une heure, les dauphins et les phoques ne se sont pas encore lassés de nous suivent. À tour de rôle, ils jouent à la proue du bateau, à faire des sauts hors de l’eau et à nager les uns contre les autres. On dirait qu’ils veulent s’assurer qu’on revienne les voir. Un vent léger nous pousse tranquillement vers le Sud, on n’aurait même pas osé rêver d’un aussi beau départ pour l’Antarctique. Mon premier quart se termine avec les dernières lueurs du jour. J’ai droit à quelques heures de repos à la chaleur de Venus puis la boucle recommence.

Le bateau se comporte merveilleusement bien dans les vagues croisées du Drake. On se relais à la barre à toutes les heures, ça prend une bonne concentration pour garder le cap et pour ne pas se faire surprendre par les vagues de plus en plus grosses. Sous le ciel étoilé, moi et Christophe s’amusons à faire surfer le bateau le plus rapidement possible.

Au fil des quarts, on oublie l’heure, le jour de la semaine, on en vient même à oublier sa vie d’avant et on ne réfléchit plus à après. Seul le refroidissement de l’air nous rappelle notre descente vers le grand sud. Et puis, dans le brouillard opaque du 62ème degrés Sud, on le voit enfin, notre premier glaçon. Il flotte à côté de nous comme si de rien n’était. Il est petit, de la taille d’un camion… En regardant l’écran du radar un comprend qu’il est le produit d’une usine à glace, un iceberg tabulaire à quelques miles de nous, mais on ne le voit pas, on ne voit rien dans le brouillard blanc, à partir de maintenant notre vigilance est de mise.

Quelques heures plus tard dans un brouillard un peu moins opaque, je l’aperçois; le monstre de glace. D’abord, on ne voit qu’une légère ligne contour sur l’horizon blanc. Puis, plus on se rapproche, plus on comprend la grosseur, la sévérité et la beauté de la glace. Un fort sentiment me prend au ventre, une excitation incontrôlable. Pourtant, je connais l’importance du moment, je dois regarder sans ciller les glaçons possibles au-devant du bateau, car même un petit glaçon pourrait l’endommager. Ma concentration balance entre l’observation d’éventuels glaçons et le désir de voir l’immensité du tabulaire à bâbord. Les vagues se brisent violemment sur sa glace bleue et en font un spectacle dont on ne peut se lasser.

Il nous reste moins de 24 heures pour finalement atteindre la péninsule, on devra veiller sans relâche.

Plusieurs nous ont dit qu’on sentait venir les icebergs. Pourtant, la glace n’a aucune odeur… Et bien, je les ai sentis venir, lors de mon dernier quart, j’ai vu un autre tabulaire au loin, puis un deuxième, puis rapidement un troisième et quelques minutes, nous étions entourés d’icebergs énormes. Le brouillard s’étant presque complètement levé, on se demande si l’on n’était pas mieux dans l’ignorance. La navigation devient rapidement corsé pour zigzaguer entre les glaces, mais Christophe assure comme toujours. Ça fait déjà un moment que mes deux heures de quarts sont terminées et que j’ai les mains et les pieds gelés, mais il m’est impossible de rentrer, impossible de manquer ne serait-ce qu’une minute de ce spectacle sans prix. On passe tout près d’un magnifique tabulaire, on l’entend même craquer sous la force des vagues. Selon le GPS, on est qu’à quelques miles de la côte, mais on ne voit toujours pas la terre. L’Antarctique nous a réservé la plus belle des arrivées, car après ce passage magique entre les glaces, les nuages se sont dissipés comme un levé de rideau pour nous faire découvrir la péninsule sous un ciel bleu. Les montagnes trop blanches semblaient irréels. Le ciel trop bleu semblaient être peinturé. Pour ajouter à l’impensable, les baleines sont venues nous saluer. C’était à en verser une larme. Et on s’est senti flotter jusqu’à notre premier mouillage aux îles Melchior.

L'Antarctique sur Venus MQ-159Le moment était trop important et trop magique pour prendre des photos, je le garde en tête et ses images me feront rêver encore et encore

DSC06488

La fabuleuse histoire de Fanette l’Affreuse

Inspirée de mon extraordinaire chienne Fanette et créée avec amour pour ma belle nièce Axelle… Fanette l'Affreuse couvertureC’est l’histoire de Fanette l’Affreuse, chienne et équipière du célèbre pirate Chris le Téméraire. Fanette avait parcourue les océans avec son maître et capitaine à bord de leur grande goélette. Dans les nombreuses aventures qu’ils vécurent, elle y laissa un bout de queue et y abima un œil. Depuis, elle avait réellement l’aspect d’un pirate.Fanette l'Affreuse P1

En tant qu’équipière sur le bateau, Fanette devait tout faire: hisser la grand voile, barrer dans les pires conditions, laver le pont, coudre les voiles et plus encore. Même rendue à terre, elle devait chasser les lapins pour le repas du soir.Fanette l'Affreuse P2

Elle était épuisée de devoir obéir constamment aux ordres du Capitaine et de ne jamais pouvoir courir librement. Elle eut donc une brillante idée lors d’une longue escale sur l’île de la Barbade. Alors que le Capitaine croyait qu’elle courait toute la journée autour de l’île, Fanette l’Affreuse travaillait sans relâche à la construction de son propre bateau. Tout son temps, elle le passait à construire son petit voilier de bois juste pour elle.Fanette l'Affreuse P3

Par un beau matin ensoleillé, le bateau terminé, Fanette partit vers le large sans dire au revoir à son Capitaine. Elle était maintenant libre et seule maître de ses actions. Tout lui semblait parfait sur son petit voilier!Fanette l'Affreuse P4

Malheureusement, le soleil fit rapidement place aux nuages, à la pluie et au vent. Une grosse tempête s’abattit sur Fanette et son petit bateau. Habituée à se faire donner des ordres, Fanette était perdue. Elle décida d’affaler la grand voile, mais dans la manœuvre une rafale violente déchira la voile et brisa le mât…Fanette l'Affreuse P5

Fanette était découragée et ne sachant plus quoi faire, elle se laissa dériver comme une coquille de noix dans la mer déchaînée. En boule dans le fond du bateau, elle pensait à son maître et aux belles navigations qu’ils avaient fait ensemble.Fanette l'Affreuse P6

Pendant ce temps, Chris le Téméraire était très inquiet. Fanette ne revenait pas de sa promenade quotidienne. Le matin même, il avait vu un petit voilier disparaître au large et il s’inquiéta que ce soit la chienne têtue qui voulut naviguer en solitaire. La tempête se levait rapidement et sans plus attendre, Chris partit sur son bateau à la recherche de la Fanette.Fanette l'Affreuse P7

Le vent et les vagues faisaient valser le bateau de tous les côtés, mais Chris était bien décidé à retrouver la chienne perdue. À travers le rugissement du vent, il finit par distinguer une voix qui criait «AU SECOURS!» et bientôt il aperçût la Fanette suspendue à son bout de mât, désespérée.Fanette l'Affreuse P8

Chris réussit à attraper la chienne au dernier moment puis il la hissa à son bord.

«Ma belle Fanette, j’ai eu tellement peur de te perdre!» lui dit le Capitaine.

Fanette était triste d’avoir perdu son petit bateau et d’avoir échoué son projet de navigation en solitaire, mais en même temps, elle était si heureuse de retrouver son maître adoré. Elle avait cru périr dans cette tempête et c’est là qu’elle se remémorait tous les bons moments passés ensemble.Fanette l'Affreuse P9

Une fois sur la terre ferme, le Capitaine pût enfin la questionner sur les raisons de sa fuite. Les larmes aux yeux, la chienne lui expliqua qu’elle cherchait à avoir plus de liberté et qu’elle en avait assez de devoir toujours suivre ses ordres. Chris se sentit coupable car jamais il n’avait vu la Fanette comme une esclave. Pour lui, elle était une équipière et surtout une amie précieuse. Aussitôt les deux amis réconciliés, ils rêvèrent de futures aventures dans des contrées lointaines.Fanette l'Affreuse P10

Chris avait entendu parler d’un trésor enfouit sur la côte lointaine et sauvage du Groenland… Aussitôt l’idée énoncée, ils préparèrent le bateau pour un départ imminent vers les terres polaires. Ensemble, ils découvriront certainement tous les secrets du trésor!Fanette l'Affreuse P11

Telle mère, telle fille…

Dessin Andrée

« Yahou! »
Le bateau gite dans tous les sens. La barre à roue est dure à tenir.
« Hey, yahou! »
Les vagues éclaboussent le bateau et nous trempent jusqu’aux os. Mes doigts gelés deviennent blancs à force de tenir trop serrée la barre…
« Yahou, encore! »
Le temps est gris et pluvieux , le Cap Horn à l’air d’autant plus menaçant. Les vagues et le vent s’accentuent à son approche, mais le bateau marche bien et l’équipage tiens le coup.
« Encore plus! »
Dans ce groupe, il y a le Capitaine, moi, la Fanette (la chienne), quatre navigateurs aguerris et ma mère. Nous sommes tous gelés et détrempés surtout Fanette. Certains sont frappés par le mal de mer, d’autres sont en boule dans l’attente que ce moment passe, un moment qui semble interminable.
Quant à ma mère, elle est au premier rang sur le pont du bateau à prendre les vagues de plein fouet et surtout à crier à tu-tête: « Yahou! ». Elle adore, elle est dans une montagne russe, elle en veut plus, elle est intenable, elle fait rire tout le monde et, le plus important, elle fait oublier à tous leurs petits malheurs.
N’ayant jamais navigué, je m’attendais au pire… La faire naviguer dans les eaux les plus mouvementées était de la folie, mais la folie nous connait bien… Suite à nos aventures en vélo en Italie, à la traversée des montagnes blanches aux États-Unis, au voyage improvisé en Indonésie et bien d’autres folies qui nous mena au bout de routes inconnues, je savais que ma chère maman était prête à tout même à un Cap Horn sous un vent de 45 noeuds (80 km/h). Dans ce voyage de navigation qui dura en fait deux semaines, elle ajouta une touche de folie, de douceur et de joie à tout le groupe, au chien et peut-être même aux dauphins joueurs.
Et ça c’est ma maman. Et j’en suis très fière.

L’instant d’un sourire

voilier paradiseLe Cap Horn est maintenant derrière nous.

Malgré les 40 nœuds de vent et les vagues de travers, l’île s’est franchie sans trop de difficultés bien que les vagues nous ont trempés jusqu’aux os.

L’émotion d’avoir franchit le Horn n’a même pas eu le temps de se dissiper que des dauphins arrivent nous saluer, jouer dans le sillage bateau. Moi, je veux être aux premières loges du spectacle, mais comme on se fait encore brasser par les vagues et la houle, je dois m’attacher à la ligne de vie et ramper pour accéder a la proue. De là, tout me semble plus gros et plus fort; le vent, la houle, le cri des dauphins et même le Cap Horn me semble plus présent. Je m’amuse à observer le va et vient des dauphins. Je les attends rirent et je rigole avec eux. J’ai les yeux et le cœur d’un enfant devant son plus beau jouet. Le moment est magique, magnifique. Jusqu’à ce qu’une puissante vague m’éclabousse le visage. J’ai de l’eau salée des oreilles au fond de la gorge et cela, contrairement à ce que l’on peut penser n’a qu’accentué ma joie de vivre de moment, ce moment present.

 

coucher soleil snipe    montagne soleil    nuages roses

Les yeux mouillés salés et le coeur doux

aquarelle cinquo estrellas

Vent de face à plus de 35 nœuds (65 km/h), les vagues frappent le bateau de travers et nous éclaboussent sans prévenir. Le capitaine se tourne à chaque fois qu’il sent qu’on va se faire arroser, mais moi, je ne connais pas encore la routine des vagues et à chaque fois je me prends une douche d’eau salée glacée. J’ai le visage dégoulinant, les yeux qui brûlent et les mains congelées, figées à la barre. J’ai peine à garder le cap avec ma vision brouillée. Je demande à Christophe, le capitaine, de reprendre le relais pour que je descende à la cuisine pour préparer le dîner.
Moi qui croyais à un répit du froid et de l’eau du pont, me voilà en train de valser avec les patates, les plats et les couteaux. J’ai décidé de cuisiner un pâté chinois, recette simpliste, mais elle me semble soudainement d’une complexité insoupçonnée. Le mal de coeur me gagne tranquillement, je dois prendre de grandes respirations à chaque action. J’ai chaud, ma bave s’épaissie, mais jusqu’au bout j’empile un par-dessus l’autre la viande haché, le blé d’inde et les patates pilées. Enfin, je mets le plat au four comme un soulagement. Je sors le plus vite possible à l’extérieur, mes bottes et mon manteau à la main, j’ai besoin d’air plus que de chaleur pour le moment. Je m’habille sur le pont en fixant intensément l’horizon pour donner un repère à mon mal de coeur… J’ai vingts minutes pour reprendre mes esprits avant de redescendre à la cuisine pour servir le repas.
Ce repos est passé trop vite pour stabiliser mon état et je me retrouve malgré moi à servir chaque bol comme si c’était le pire supplice. Ça brasse tellement à l’intérieur que mes pieds n’arrivent plus à s’ancrer au sol et les bols veulent voler dans tous les sens. J’arrive sans le croire au dernier bol et je m’empresse de regagner le pont. Tout le monde à l’air satisfait du repas qu’ils engloutissent pendant que c’est encore chaud. Je me dépêche donc moi aussi à manger mon dîner, mais le pâté se dépêche lui aussi… à ressortir… Tête par-dessus bord, je dois admettre que j’ai perdu contre le mal de mer. C’est une bataille de perdue, mais la guerre n’est pas terminée.

J’ai déjà hâte aux défis que demain me réserve.

dessin venus cinquo estrella             aquarelle ciel gris

La liberté des couleurs

voilier au Cape Horn

 

À peine suis-je arrivé au bout des quatre semaines d’immobilisation de mon bras droit, que j’ai tout de suite sauté sur mes couleurs. Évidemment, ce n’est pas parce que j’arrive à la fin de ce laps de temps dicté par le médecin, que mon bras retrouve immédiatement toute sa force et sa souplesse…

À force d’obstination, j’ai cependant réussi à convaincre mon bras de son potentiel oublié et c’est avec une main tremblante et trop rigide que j’ai réussi à étaler ses couleurs sur un papier blanc qui m’inspirait.

La liberté m’est enfin revenue et, avec elle, le bonheur d’être avec mes couleurs.

Ce petit voilier au Cape Horn (la pointe la plus méridionale d’Amérique du Sud) représente ma future réalité, car me voilà présentement en Terre de Feu en attente de naviguer dans ses paysages plus qu’inspirants.

La suite sera définitivement tout en couleurs.

Il n’y a pas de dessin pour accompagner ce texte

IMG_0961Pas de dessin, car pas de main… Mon poignet droit semble être en punition dans son plâtre trop rigide. Quatre semaines de repos forcé pour un os qui a trouvé la vie dure.

Faute d’être extraordinaire, l’accident qui à causer cette fracture est banale. Aussi banal que la plupart des accidents, c’est pourquoi je vais vous le raconter.

Le soleil brille ce matin aux travers des fenêtres de mon appartement, mais malgré sa chaleur, c’est aujourd’hui le premier jour d’automne, ce n’est pas parce qu’on est à l’équinoxe du 21 septembre, mais parce que je suis maintenant la seule en short et en sandales… Un frisson me traverse alors que j’amorce les premiers coups de pédales. Mes orteils qui ont une circulation assez médiocre sont toutes blanches et raides. J’accélère donc la cadence sur la piste cyclable qui suit la rue Notre-Dame et se rend ensuite au vieux port. Cette piste, je l’ai prise des centaines de fois ces dernières années pour me rendre au bureau. Je connais presque chaque trou (à Montréal ça en fait pas mal à connaître) et chaque tournant de cet itinéraire.

Je pars aujourd’hui pour Québec pour guider sur trois jours un événement cycliste. En pédalant, je pense à la liste d’équipement que je devrai amener. Je viens de passer le vieux port et j’enchaîne sur la piste du canal Lachine, un circuit sans voiture, sans trop de cyclistes et presque sans trou ! Un tournant de 180 degrés s’annonce, j’adore ça! Mon vélo aussi, mais il semble que j’ai tourné un peu raide, car la pédale vient frotter violemment l’asphalte et me propulse du côté opposé. Je fais un vol plané et, pour un instant, je suis Superman! Malheureusement, un Superman qui n’a pas pris ces cours de vol plané… Les secondes passent vite quand on est dans les airs et trop rapidement je m’écrase contre le pavé. Le bras droit en premier, la hanche puis mon sac à dos. Mon visage déformée par la douleur, mon premier réflexe reste de me tasser de là au plus vite pour éviter une collision avec un cycliste qui ne voit pas le tournant arriver. Je m’écroule ensuite dans le gazon à proximité, je ferme les yeux et j’attends que la douleur passe. Je suis en train de calculer la distance qui me sépare du bureau, je pourrai surement continuer à vélo. Un coup d’œil à mon bolide suffit pour me confirmer que de l’aluminium c’est bien plus solide que le corps humain.

Une des rares voitures à s’être aventuré dans ce cul de sac me demande si ça va. Bien sûr que ça va, j’ai encore toute ma tête, aucun os sort de ma peau, tout semble sous contrôle. J’aurai bien aimé voir mon visage, car à ce moment la dame déclare qu’elle m’amène avec elle soit à l’hôpital soit à mon bureau. Dans ma tête, il est évident que je vais au bureau, j’ai de l’équipement à préparer et un départ pour Québec dans trois heures. La douleur, j’ai l’habitude, ça va passer.

Mais dans le court trajet de voiture chaque trou (et oui, même en voiture il y en a plusieurs) me fais grimacer de douleur. La dame me dit en me regardant dans le rétroviseur :

« Je ressens votre douleur, tenez bon.»

Une dame vraiment attentive aux sentiments d’autrui et je la remercie énormément pour prendre le temps d’aider les autres.

En arrivant au bureau je mets de la glace et je pense toujours à l’équipement à sortir pour notre départ imminent. Sur le canapé de la cuisine seule avec ma glace, je me rends compte que la douleur ne fait qu’augmenter et que conduire jusqu’à Québec à un bras risque d’être un défi…

Ça enfle, ça devient bleu et on me dit d’aller à l’hôpital. Merde, j’ai perdue la bataille contre moi-même.

C’est malgré ma tête dure, que je pars pour l’hôpital en laissant les gens souriants du bureau trouver un guide de remplacement. C’est là, qu’on se rend compte qu’on travaille avec des gens extraordinaires!

Plusieurs heures d’attente plus tard en faisant la valse des urgences : pré-triage, triage, consultation, radiographie, diagnostique… La radio ne laisse aucun doute, même un enfant de cinq ans pourrait comprendre que mon os de l’avant-bras est cassé sur trois centimètres de long. Cela ne m’empêche pas de dire au médecin qui déclare d’une voix neutre :

« Votre radius est fracturé, vous serez dans le plâtre pour quatre semaines »

« Non, mais monsieur vous ne comprenez pas, je pars pour l’Utah mercredi…»

Sa réponse fut simplement : « Impossible. »

C’est moi qui ne veux pas comprendre, qu’un os doit être immobilisé pour qu’il se répare tout seul et que cela prend du temps… Quatre semaines de repos forcé me semble la pire punition!

Je sors donc de la salle de traitement avec mon nouveau plâtre en déclarant avec le sourire à ma mère que c’est fracturé!

Parenthèse : Être une mère, c’est aussi de faire une heure de route pour venir chercher sa fille, attendre des heures à l’urgence et cela quand ta fille à 26 ans…

Les deux jours qui ont suivi m’ont permis de réfléchir à plusieurs points :

-Ce n’est pas impossible de guider à une main, mais c’est aussi un peu ridicule quand on n’est pas capable de s’attacher les cheveux toute seule

-Que dessiner de la main gauche ressemble à l’œuvre d’un enfant de sept ans atteint du Parkinson

-Qu’un casque, c’est une bien belle invention

-Que c’est assez extraordinaire que le corps se répare tout seul

-Que j’ai vraiment bien fait mon compte en tombant pour me faire une belle fracture toute droite et ce sans une seule égratignure

-Qu’on peut faire étonnement beaucoup de choses à un bras

-Que la vie c’est imprévisible!

-Mais surtout, qu’on a le choix de s’apitoyer sur son sort ou de le pendre avec le sourire et un peu d’humour….