Il n’y a pas de dessin pour accompagner ce texte

IMG_0961Pas de dessin, car pas de main… Mon poignet droit semble être en punition dans son plâtre trop rigide. Quatre semaines de repos forcé pour un os qui a trouvé la vie dure.

Faute d’être extraordinaire, l’accident qui à causer cette fracture est banale. Aussi banal que la plupart des accidents, c’est pourquoi je vais vous le raconter.

Le soleil brille ce matin aux travers des fenêtres de mon appartement, mais malgré sa chaleur, c’est aujourd’hui le premier jour d’automne, ce n’est pas parce qu’on est à l’équinoxe du 21 septembre, mais parce que je suis maintenant la seule en short et en sandales… Un frisson me traverse alors que j’amorce les premiers coups de pédales. Mes orteils qui ont une circulation assez médiocre sont toutes blanches et raides. J’accélère donc la cadence sur la piste cyclable qui suit la rue Notre-Dame et se rend ensuite au vieux port. Cette piste, je l’ai prise des centaines de fois ces dernières années pour me rendre au bureau. Je connais presque chaque trou (à Montréal ça en fait pas mal à connaître) et chaque tournant de cet itinéraire.

Je pars aujourd’hui pour Québec pour guider sur trois jours un événement cycliste. En pédalant, je pense à la liste d’équipement que je devrai amener. Je viens de passer le vieux port et j’enchaîne sur la piste du canal Lachine, un circuit sans voiture, sans trop de cyclistes et presque sans trou ! Un tournant de 180 degrés s’annonce, j’adore ça! Mon vélo aussi, mais il semble que j’ai tourné un peu raide, car la pédale vient frotter violemment l’asphalte et me propulse du côté opposé. Je fais un vol plané et, pour un instant, je suis Superman! Malheureusement, un Superman qui n’a pas pris ces cours de vol plané… Les secondes passent vite quand on est dans les airs et trop rapidement je m’écrase contre le pavé. Le bras droit en premier, la hanche puis mon sac à dos. Mon visage déformée par la douleur, mon premier réflexe reste de me tasser de là au plus vite pour éviter une collision avec un cycliste qui ne voit pas le tournant arriver. Je m’écroule ensuite dans le gazon à proximité, je ferme les yeux et j’attends que la douleur passe. Je suis en train de calculer la distance qui me sépare du bureau, je pourrai surement continuer à vélo. Un coup d’œil à mon bolide suffit pour me confirmer que de l’aluminium c’est bien plus solide que le corps humain.

Une des rares voitures à s’être aventuré dans ce cul de sac me demande si ça va. Bien sûr que ça va, j’ai encore toute ma tête, aucun os sort de ma peau, tout semble sous contrôle. J’aurai bien aimé voir mon visage, car à ce moment la dame déclare qu’elle m’amène avec elle soit à l’hôpital soit à mon bureau. Dans ma tête, il est évident que je vais au bureau, j’ai de l’équipement à préparer et un départ pour Québec dans trois heures. La douleur, j’ai l’habitude, ça va passer.

Mais dans le court trajet de voiture chaque trou (et oui, même en voiture il y en a plusieurs) me fais grimacer de douleur. La dame me dit en me regardant dans le rétroviseur :

« Je ressens votre douleur, tenez bon.»

Une dame vraiment attentive aux sentiments d’autrui et je la remercie énormément pour prendre le temps d’aider les autres.

En arrivant au bureau je mets de la glace et je pense toujours à l’équipement à sortir pour notre départ imminent. Sur le canapé de la cuisine seule avec ma glace, je me rends compte que la douleur ne fait qu’augmenter et que conduire jusqu’à Québec à un bras risque d’être un défi…

Ça enfle, ça devient bleu et on me dit d’aller à l’hôpital. Merde, j’ai perdue la bataille contre moi-même.

C’est malgré ma tête dure, que je pars pour l’hôpital en laissant les gens souriants du bureau trouver un guide de remplacement. C’est là, qu’on se rend compte qu’on travaille avec des gens extraordinaires!

Plusieurs heures d’attente plus tard en faisant la valse des urgences : pré-triage, triage, consultation, radiographie, diagnostique… La radio ne laisse aucun doute, même un enfant de cinq ans pourrait comprendre que mon os de l’avant-bras est cassé sur trois centimètres de long. Cela ne m’empêche pas de dire au médecin qui déclare d’une voix neutre :

« Votre radius est fracturé, vous serez dans le plâtre pour quatre semaines »

« Non, mais monsieur vous ne comprenez pas, je pars pour l’Utah mercredi…»

Sa réponse fut simplement : « Impossible. »

C’est moi qui ne veux pas comprendre, qu’un os doit être immobilisé pour qu’il se répare tout seul et que cela prend du temps… Quatre semaines de repos forcé me semble la pire punition!

Je sors donc de la salle de traitement avec mon nouveau plâtre en déclarant avec le sourire à ma mère que c’est fracturé!

Parenthèse : Être une mère, c’est aussi de faire une heure de route pour venir chercher sa fille, attendre des heures à l’urgence et cela quand ta fille à 26 ans…

Les deux jours qui ont suivi m’ont permis de réfléchir à plusieurs points :

-Ce n’est pas impossible de guider à une main, mais c’est aussi un peu ridicule quand on n’est pas capable de s’attacher les cheveux toute seule

-Que dessiner de la main gauche ressemble à l’œuvre d’un enfant de sept ans atteint du Parkinson

-Qu’un casque, c’est une bien belle invention

-Que c’est assez extraordinaire que le corps se répare tout seul

-Que j’ai vraiment bien fait mon compte en tombant pour me faire une belle fracture toute droite et ce sans une seule égratignure

-Qu’on peut faire étonnement beaucoup de choses à un bras

-Que la vie c’est imprévisible!

-Mais surtout, qu’on a le choix de s’apitoyer sur son sort ou de le pendre avec le sourire et un peu d’humour….

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