La fabuleuse histoire de Fanette l’Affreuse

Inspirée de mon extraordinaire chienne Fanette et créée avec amour pour ma belle nièce Axelle… Fanette l'Affreuse couvertureC’est l’histoire de Fanette l’Affreuse, chienne et équipière du célèbre pirate Chris le Téméraire. Fanette avait parcourue les océans avec son maître et capitaine à bord de leur grande goélette. Dans les nombreuses aventures qu’ils vécurent, elle y laissa un bout de queue et y abima un œil. Depuis, elle avait réellement l’aspect d’un pirate.Fanette l'Affreuse P1

En tant qu’équipière sur le bateau, Fanette devait tout faire: hisser la grand voile, barrer dans les pires conditions, laver le pont, coudre les voiles et plus encore. Même rendue à terre, elle devait chasser les lapins pour le repas du soir.Fanette l'Affreuse P2

Elle était épuisée de devoir obéir constamment aux ordres du Capitaine et de ne jamais pouvoir courir librement. Elle eut donc une brillante idée lors d’une longue escale sur l’île de la Barbade. Alors que le Capitaine croyait qu’elle courait toute la journée autour de l’île, Fanette l’Affreuse travaillait sans relâche à la construction de son propre bateau. Tout son temps, elle le passait à construire son petit voilier de bois juste pour elle.Fanette l'Affreuse P3

Par un beau matin ensoleillé, le bateau terminé, Fanette partit vers le large sans dire au revoir à son Capitaine. Elle était maintenant libre et seule maître de ses actions. Tout lui semblait parfait sur son petit voilier!Fanette l'Affreuse P4

Malheureusement, le soleil fit rapidement place aux nuages, à la pluie et au vent. Une grosse tempête s’abattit sur Fanette et son petit bateau. Habituée à se faire donner des ordres, Fanette était perdue. Elle décida d’affaler la grand voile, mais dans la manœuvre une rafale violente déchira la voile et brisa le mât…Fanette l'Affreuse P5

Fanette était découragée et ne sachant plus quoi faire, elle se laissa dériver comme une coquille de noix dans la mer déchaînée. En boule dans le fond du bateau, elle pensait à son maître et aux belles navigations qu’ils avaient fait ensemble.Fanette l'Affreuse P6

Pendant ce temps, Chris le Téméraire était très inquiet. Fanette ne revenait pas de sa promenade quotidienne. Le matin même, il avait vu un petit voilier disparaître au large et il s’inquiéta que ce soit la chienne têtue qui voulut naviguer en solitaire. La tempête se levait rapidement et sans plus attendre, Chris partit sur son bateau à la recherche de la Fanette.Fanette l'Affreuse P7

Le vent et les vagues faisaient valser le bateau de tous les côtés, mais Chris était bien décidé à retrouver la chienne perdue. À travers le rugissement du vent, il finit par distinguer une voix qui criait «AU SECOURS!» et bientôt il aperçût la Fanette suspendue à son bout de mât, désespérée.Fanette l'Affreuse P8

Chris réussit à attraper la chienne au dernier moment puis il la hissa à son bord.

«Ma belle Fanette, j’ai eu tellement peur de te perdre!» lui dit le Capitaine.

Fanette était triste d’avoir perdu son petit bateau et d’avoir échoué son projet de navigation en solitaire, mais en même temps, elle était si heureuse de retrouver son maître adoré. Elle avait cru périr dans cette tempête et c’est là qu’elle se remémorait tous les bons moments passés ensemble.Fanette l'Affreuse P9

Une fois sur la terre ferme, le Capitaine pût enfin la questionner sur les raisons de sa fuite. Les larmes aux yeux, la chienne lui expliqua qu’elle cherchait à avoir plus de liberté et qu’elle en avait assez de devoir toujours suivre ses ordres. Chris se sentit coupable car jamais il n’avait vu la Fanette comme une esclave. Pour lui, elle était une équipière et surtout une amie précieuse. Aussitôt les deux amis réconciliés, ils rêvèrent de futures aventures dans des contrées lointaines.Fanette l'Affreuse P10

Chris avait entendu parler d’un trésor enfouit sur la côte lointaine et sauvage du Groenland… Aussitôt l’idée énoncée, ils préparèrent le bateau pour un départ imminent vers les terres polaires. Ensemble, ils découvriront certainement tous les secrets du trésor!Fanette l'Affreuse P11

Il n’y a pas de dessin pour accompagner ce texte

IMG_0961Pas de dessin, car pas de main… Mon poignet droit semble être en punition dans son plâtre trop rigide. Quatre semaines de repos forcé pour un os qui a trouvé la vie dure.

Faute d’être extraordinaire, l’accident qui à causer cette fracture est banale. Aussi banal que la plupart des accidents, c’est pourquoi je vais vous le raconter.

Le soleil brille ce matin aux travers des fenêtres de mon appartement, mais malgré sa chaleur, c’est aujourd’hui le premier jour d’automne, ce n’est pas parce qu’on est à l’équinoxe du 21 septembre, mais parce que je suis maintenant la seule en short et en sandales… Un frisson me traverse alors que j’amorce les premiers coups de pédales. Mes orteils qui ont une circulation assez médiocre sont toutes blanches et raides. J’accélère donc la cadence sur la piste cyclable qui suit la rue Notre-Dame et se rend ensuite au vieux port. Cette piste, je l’ai prise des centaines de fois ces dernières années pour me rendre au bureau. Je connais presque chaque trou (à Montréal ça en fait pas mal à connaître) et chaque tournant de cet itinéraire.

Je pars aujourd’hui pour Québec pour guider sur trois jours un événement cycliste. En pédalant, je pense à la liste d’équipement que je devrai amener. Je viens de passer le vieux port et j’enchaîne sur la piste du canal Lachine, un circuit sans voiture, sans trop de cyclistes et presque sans trou ! Un tournant de 180 degrés s’annonce, j’adore ça! Mon vélo aussi, mais il semble que j’ai tourné un peu raide, car la pédale vient frotter violemment l’asphalte et me propulse du côté opposé. Je fais un vol plané et, pour un instant, je suis Superman! Malheureusement, un Superman qui n’a pas pris ces cours de vol plané… Les secondes passent vite quand on est dans les airs et trop rapidement je m’écrase contre le pavé. Le bras droit en premier, la hanche puis mon sac à dos. Mon visage déformée par la douleur, mon premier réflexe reste de me tasser de là au plus vite pour éviter une collision avec un cycliste qui ne voit pas le tournant arriver. Je m’écroule ensuite dans le gazon à proximité, je ferme les yeux et j’attends que la douleur passe. Je suis en train de calculer la distance qui me sépare du bureau, je pourrai surement continuer à vélo. Un coup d’œil à mon bolide suffit pour me confirmer que de l’aluminium c’est bien plus solide que le corps humain.

Une des rares voitures à s’être aventuré dans ce cul de sac me demande si ça va. Bien sûr que ça va, j’ai encore toute ma tête, aucun os sort de ma peau, tout semble sous contrôle. J’aurai bien aimé voir mon visage, car à ce moment la dame déclare qu’elle m’amène avec elle soit à l’hôpital soit à mon bureau. Dans ma tête, il est évident que je vais au bureau, j’ai de l’équipement à préparer et un départ pour Québec dans trois heures. La douleur, j’ai l’habitude, ça va passer.

Mais dans le court trajet de voiture chaque trou (et oui, même en voiture il y en a plusieurs) me fais grimacer de douleur. La dame me dit en me regardant dans le rétroviseur :

« Je ressens votre douleur, tenez bon.»

Une dame vraiment attentive aux sentiments d’autrui et je la remercie énormément pour prendre le temps d’aider les autres.

En arrivant au bureau je mets de la glace et je pense toujours à l’équipement à sortir pour notre départ imminent. Sur le canapé de la cuisine seule avec ma glace, je me rends compte que la douleur ne fait qu’augmenter et que conduire jusqu’à Québec à un bras risque d’être un défi…

Ça enfle, ça devient bleu et on me dit d’aller à l’hôpital. Merde, j’ai perdue la bataille contre moi-même.

C’est malgré ma tête dure, que je pars pour l’hôpital en laissant les gens souriants du bureau trouver un guide de remplacement. C’est là, qu’on se rend compte qu’on travaille avec des gens extraordinaires!

Plusieurs heures d’attente plus tard en faisant la valse des urgences : pré-triage, triage, consultation, radiographie, diagnostique… La radio ne laisse aucun doute, même un enfant de cinq ans pourrait comprendre que mon os de l’avant-bras est cassé sur trois centimètres de long. Cela ne m’empêche pas de dire au médecin qui déclare d’une voix neutre :

« Votre radius est fracturé, vous serez dans le plâtre pour quatre semaines »

« Non, mais monsieur vous ne comprenez pas, je pars pour l’Utah mercredi…»

Sa réponse fut simplement : « Impossible. »

C’est moi qui ne veux pas comprendre, qu’un os doit être immobilisé pour qu’il se répare tout seul et que cela prend du temps… Quatre semaines de repos forcé me semble la pire punition!

Je sors donc de la salle de traitement avec mon nouveau plâtre en déclarant avec le sourire à ma mère que c’est fracturé!

Parenthèse : Être une mère, c’est aussi de faire une heure de route pour venir chercher sa fille, attendre des heures à l’urgence et cela quand ta fille à 26 ans…

Les deux jours qui ont suivi m’ont permis de réfléchir à plusieurs points :

-Ce n’est pas impossible de guider à une main, mais c’est aussi un peu ridicule quand on n’est pas capable de s’attacher les cheveux toute seule

-Que dessiner de la main gauche ressemble à l’œuvre d’un enfant de sept ans atteint du Parkinson

-Qu’un casque, c’est une bien belle invention

-Que c’est assez extraordinaire que le corps se répare tout seul

-Que j’ai vraiment bien fait mon compte en tombant pour me faire une belle fracture toute droite et ce sans une seule égratignure

-Qu’on peut faire étonnement beaucoup de choses à un bras

-Que la vie c’est imprévisible!

-Mais surtout, qu’on a le choix de s’apitoyer sur son sort ou de le pendre avec le sourire et un peu d’humour….

Un petit matin de guide…

Mon alarme me sort brutalement de mon coma de quelques heures. J’ouvre les yeux à la seconde et malgré mon sac de couchage qui me serre le visage, j’aperçois le soleil qui essai de percer les nuages. Cela me rappelle que je suis en expédition, qu’il est 6h00AM et que le déjeuner doit être prêt dans une heure. Action!

Les yeux à moitié collés, je serre mon sac de couchage, roule mon tapis de sol et pars le réchaud d’une main quand mon alarme sonne à nouveau. C’est le snooz, cinq minutes ont déjà passés, c’est fou ce qu’on peut faire en cinq minutes!

Je pars pieds nus à la rivière pour y chercher de l’eau. J’en oublie de regarder où je vais tellement le lever de soleil est majestueux! Pour ça, cela en vaut bien la peine de se lever tôt!

De retour à la cuisine, l’eau bouille. Prête pour la préparation du café, liquide indispensable au bien-être des membres d’expédition et à la suivie du guide! Maintenant le déjeuner, j’ouvre les multitudes de sacs étanches pour trouver tous les ingrédients, ce matin : crêpes aux pacanes avec petits fruits garnis de crème fouettée. Qui aurait cru aussi bien manger au plein milieu de nulle part? Et bien moi, j’y crois qu’on peut bien manger même sans eau courante, sans électricité et sans supermarché à proximité…

Un voyageur passe par la cuisine, il faut que j’aille l’air sympathique même si mon cerveau et mes mains font mille choses en même temps.

«Bien dormi?»

«Pas trop, j’ai eu froid toute la nuit»

Je le fais un peu rire en lui disant qu’il devrait se compter chanceux de ne pas s’être fait manger par un ours et je le rassure en lui disant qu’on trouvera une solution pour la nuit prochaine. Je réfléchirai à cela un peu plus tard dans la journée…

Deux poêles à la fois, les crêpes sont en production massive. La première est ratée comme toujours, ce n’est pas trop grave puisque j’aime bien les crêpes laides et qu’elle fera un beau premier déjeuner pour mon estomac qui demande qu’on le nourrisse au plus vite.. Sept heures moins dix, les voyageurs commencent à tourner autour de la cuisine… Dernier préparatif et non le moindre, la fabrication d’un centre de table : un bonhomme sourire fait de fruits, de crème fouettée et de sirop d’érable. Cela fait sourire tout le monde même les moins matinaux.

Pendant que tout le monde mange, je continue la production de crêpes, car elles sont bien populaires! Quand j’éteins enfin les réchauds, tout le monde est rassasié, sauf mon ventre qui me rappelle que la crêpe manquée est maintenant bien loin.

On termine ce déjeuner par l’explication du parcours. Tout le monde se rassemble, autour de la carte marine. Je les fais rêver des îles qu’on contournera, des montagnes qu’on apercevra et des animaux qui croiseront peut-être notre chemin. Leur en disant assez pour les faire rêver tout en me gardant des surprises sur le parcours. Parce que les surprises, tout le monde aime ça, même ceux qui ont perdue trop vite leur cœur d’enfant.

C’est sur un nuage que le groupe commence à ramasser leur tente et leurs équipements. Moi, je m’occupe de défaire la cuisine, de ranger l’abri cuisine, de préparer le dîner et d’emmener le tout près des kayaks. C’est là que je me rappelle mon envie de pisser qui est présente depuis mon réveil, mais mes occupations et ma volonté de bien faire les choses font vite oublier les besoins primaires…

En aidant, les autres à transporter leurs effets, je vois au loin le brouillard qui se lève. Je prends immédiatement un azimut avec ma boussole pour m’assurer qu’on se rendra à la bonne place. Dans ces conditions un peu grise et triste, je devrai doubler mon sourire et ma bonne humeur pour entraîner les autres dans le positif.

Les kayaks ont-ils rapetissé pendant la nuit? Malgré les jours qui passent et la quantité incroyable de nourriture ingéré quotidiennement, la pile d’équipement me semble toujours aussi énorme. À coups de poings et de persévérance ont réussi à faire rentrer tout le stock dans les trous minuscules des kayaks. Le sport n’est pas fini, il reste l’embarquement dans ce tapis d’algues gluantes et je parie trois personnes à l’eau dont moi-même compte tenu de ma coordination légendaire. C’est donc les fesses mouillées que je rentre en catastrophe dans mon kayak que j’ai du packter en vitesse. Des sacs pleins les pattes et les pédales désajustés, le kayak me semble soudain l’embarcation la moins confortable au monde. Peu importe, on a enfin quitté le campement et rendue sur l’eau on dirait que 50% de la journée est déjà réussie.

Quelques coups de pagaie plus tard, le brouillard se dissipe tranquillement pour laisser place à un ciel bleu et à une mer qui devient miroir. Et là, je me rappelle, je me rappelle que j’ai la plus belle job au monde et que dans mon bureau il ne manque pas de fenêtre.

Baie Georgienne sous la pluie

Aquarelle qui s’est fait prendre par l’orange car j’ai dû la laisser sur une roche pour partir en catastrophe monter l’abri cuisine.