Les yeux mouillés salés et le coeur doux

aquarelle cinquo estrellas

Vent de face à plus de 35 nœuds (65 km/h), les vagues frappent le bateau de travers et nous éclaboussent sans prévenir. Le capitaine se tourne à chaque fois qu’il sent qu’on va se faire arroser, mais moi, je ne connais pas encore la routine des vagues et à chaque fois je me prends une douche d’eau salée glacée. J’ai le visage dégoulinant, les yeux qui brûlent et les mains congelées, figées à la barre. J’ai peine à garder le cap avec ma vision brouillée. Je demande à Christophe, le capitaine, de reprendre le relais pour que je descende à la cuisine pour préparer le dîner.
Moi qui croyais à un répit du froid et de l’eau du pont, me voilà en train de valser avec les patates, les plats et les couteaux. J’ai décidé de cuisiner un pâté chinois, recette simpliste, mais elle me semble soudainement d’une complexité insoupçonnée. Le mal de coeur me gagne tranquillement, je dois prendre de grandes respirations à chaque action. J’ai chaud, ma bave s’épaissie, mais jusqu’au bout j’empile un par-dessus l’autre la viande haché, le blé d’inde et les patates pilées. Enfin, je mets le plat au four comme un soulagement. Je sors le plus vite possible à l’extérieur, mes bottes et mon manteau à la main, j’ai besoin d’air plus que de chaleur pour le moment. Je m’habille sur le pont en fixant intensément l’horizon pour donner un repère à mon mal de coeur… J’ai vingts minutes pour reprendre mes esprits avant de redescendre à la cuisine pour servir le repas.
Ce repos est passé trop vite pour stabiliser mon état et je me retrouve malgré moi à servir chaque bol comme si c’était le pire supplice. Ça brasse tellement à l’intérieur que mes pieds n’arrivent plus à s’ancrer au sol et les bols veulent voler dans tous les sens. J’arrive sans le croire au dernier bol et je m’empresse de regagner le pont. Tout le monde à l’air satisfait du repas qu’ils engloutissent pendant que c’est encore chaud. Je me dépêche donc moi aussi à manger mon dîner, mais le pâté se dépêche lui aussi… à ressortir… Tête par-dessus bord, je dois admettre que j’ai perdu contre le mal de mer. C’est une bataille de perdue, mais la guerre n’est pas terminée.

J’ai déjà hâte aux défis que demain me réserve.

dessin venus cinquo estrella             aquarelle ciel gris

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