Le cahier rouge de Didier

L'Antarctique sur Venus MQ-217

Portrait de Didier à l’oeuvre, son précieux cahier rouge en mains. Dessin par Emma

Didier Vassal, un homme qu’on gagne à connaître…

On l’a rencontré l’an dernier dans les canaux de Patagonie, ayant remonté son voilier Zigoto jusqu’en France, j’avais peu d’espoir de le revoir un jour dans les parages. Mais cet automne, j’ai osé lui proposer de venir avec nous pour notre croisière Antarctique. J’ai eu la chance d’avoir une réponse positive! Didier est donc arrivé à Ushuaia, tout sourire, près pour l’aventure, l’imagination plein la tête et avec un sac rempli de matériel d’aquarelle. J’avais déjà été séduite par son talent l’an dernier, mais là j’ai pu réellement en profiter! C’est donc avec un énorme plaisir qu’on a pu partager de précieux moments à dessiner et peinturer ensemble.

Il m’a aidé à mettre plus de couleurs tout en laissant du blanc, il m’a fait fait voir plus loin que les photos ou les paysages, il m’a motivé à dessiner à tout moment (même avec les mains qui gèlent), il m’a fait comprendre que tous les détails ne sont pas toujours nécessaires et surtout j’ai pu apprécier ces moments de pur bonheur à simplement dessiner.

Vivez un peu de l’Antarctique en dessin…

Un exemple de dessin qu’on a dessiné en même temps:

Dessin cahier Didier Antarctique-9

Venus au mouillage Entreprise par Didier

L'Antarctique sur Venus MQ-212

Venus au mouillage Entreprise par Emma

Un échantillon du cahier de Didier:Dessin cahier Didier Antarctique-4

Notre premier mouillage à Melchior, avec vue sur un front de glace!Dessin cahier Didier Antarctique-8
Mouillage Entreprise, Venus caché par la rouille de l’épave.Dessin cahier Didier Antarctique-6Aquarelle faite en navigation, les mains gelées…

Dessin cahier Didier Antarctique-7

Manchots et sternes AntarctiquesDessin cahier Didier Antarctique-3
Il y avait des agrumes sur la table… Les couleurs étaient belles… On a dû attendre la fin du dessin pour les manger…Dessin cahier Didier Antarctique-15
Mouillage de Dorian Cove, aux côtés des manchots!Dessin cahier Didier Antarctique-18
Un moment de bonheur partagé au sommet du Mont Patrick

 

 

 

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Comment décrire l’indescriptible?

L'Antarctique sur Venus MQ-213

Le soleil se couche au pied du Cap Horn et colore le ciel de tons dorés.

Je suis à la barre depuis près d’une heure, les dauphins et les phoques ne se sont pas encore lassés de nous suivent. À tour de rôle, ils jouent à la proue du bateau, à faire des sauts hors de l’eau et à nager les uns contre les autres. On dirait qu’ils veulent s’assurer qu’on revienne les voir. Un vent léger nous pousse tranquillement vers le Sud, on n’aurait même pas osé rêver d’un aussi beau départ pour l’Antarctique. Mon premier quart se termine avec les dernières lueurs du jour. J’ai droit à quelques heures de repos à la chaleur de Venus puis la boucle recommence.

Le bateau se comporte merveilleusement bien dans les vagues croisées du Drake. On se relais à la barre à toutes les heures, ça prend une bonne concentration pour garder le cap et pour ne pas se faire surprendre par les vagues de plus en plus grosses. Sous le ciel étoilé, moi et Christophe s’amusons à faire surfer le bateau le plus rapidement possible.

Au fil des quarts, on oublie l’heure, le jour de la semaine, on en vient même à oublier sa vie d’avant et on ne réfléchit plus à après. Seul le refroidissement de l’air nous rappelle notre descente vers le grand sud. Et puis, dans le brouillard opaque du 62ème degrés Sud, on le voit enfin, notre premier glaçon. Il flotte à côté de nous comme si de rien n’était. Il est petit, de la taille d’un camion… En regardant l’écran du radar un comprend qu’il est le produit d’une usine à glace, un iceberg tabulaire à quelques miles de nous, mais on ne le voit pas, on ne voit rien dans le brouillard blanc, à partir de maintenant notre vigilance est de mise.

Quelques heures plus tard dans un brouillard un peu moins opaque, je l’aperçois; le monstre de glace. D’abord, on ne voit qu’une légère ligne contour sur l’horizon blanc. Puis, plus on se rapproche, plus on comprend la grosseur, la sévérité et la beauté de la glace. Un fort sentiment me prend au ventre, une excitation incontrôlable. Pourtant, je connais l’importance du moment, je dois regarder sans ciller les glaçons possibles au-devant du bateau, car même un petit glaçon pourrait l’endommager. Ma concentration balance entre l’observation d’éventuels glaçons et le désir de voir l’immensité du tabulaire à bâbord. Les vagues se brisent violemment sur sa glace bleue et en font un spectacle dont on ne peut se lasser.

Il nous reste moins de 24 heures pour finalement atteindre la péninsule, on devra veiller sans relâche.

Plusieurs nous ont dit qu’on sentait venir les icebergs. Pourtant, la glace n’a aucune odeur… Et bien, je les ai sentis venir, lors de mon dernier quart, j’ai vu un autre tabulaire au loin, puis un deuxième, puis rapidement un troisième et quelques minutes, nous étions entourés d’icebergs énormes. Le brouillard s’étant presque complètement levé, on se demande si l’on n’était pas mieux dans l’ignorance. La navigation devient rapidement corsé pour zigzaguer entre les glaces, mais Christophe assure comme toujours. Ça fait déjà un moment que mes deux heures de quarts sont terminées et que j’ai les mains et les pieds gelés, mais il m’est impossible de rentrer, impossible de manquer ne serait-ce qu’une minute de ce spectacle sans prix. On passe tout près d’un magnifique tabulaire, on l’entend même craquer sous la force des vagues. Selon le GPS, on est qu’à quelques miles de la côte, mais on ne voit toujours pas la terre. L’Antarctique nous a réservé la plus belle des arrivées, car après ce passage magique entre les glaces, les nuages se sont dissipés comme un levé de rideau pour nous faire découvrir la péninsule sous un ciel bleu. Les montagnes trop blanches semblaient irréels. Le ciel trop bleu semblaient être peinturé. Pour ajouter à l’impensable, les baleines sont venues nous saluer. C’était à en verser une larme. Et on s’est senti flotter jusqu’à notre premier mouillage aux îles Melchior.

L'Antarctique sur Venus MQ-159Le moment était trop important et trop magique pour prendre des photos, je le garde en tête et ses images me feront rêver encore et encore

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Une nouvelle sorte d’art…

Art abstrait de rénovation-1

Mes pinceaux et mes crayons se sont momentanément transformés en marteau, tournevis, ruban à mesurer et exacto. Moi qui n’avais aucune connaissance en matière de rénovation, voilà que j’y passe mon temps du matin au soir. Ce n’est pas facile d’apprivoiser une ponceuse, une scie sauteuse ou encore un décapeur thermique, mais tranquillement ils me laissent m’approcher et même les manipuler sans trop montrer leurs contrariétés.

Faut dire que l’aquarelle c’est difficile, mais faire des étagères pour les placards d’un bateau, là on parle de défi. Pour ceux qui ne connaissent les voiliers que dans les contes de fées, vous devez comprendre que dans un bateau rien n’est droit ou plutôt tout semble droit, mais c’est une grande illusion. De plus, notre voilier Venus a été mis à terre avec un fort angle vers l’avant. C’est comme être à la gîte, mais nous sommes hors de l’eau.  On oublie donc les équerres et les niveaux, car c’est surtout avec de l’imagination et de la persévérance qu’on réussit à faire quelque chose de bien.

Est-ce que des étagères en mélamine dans le fin fond des placards d’un voilier est de l’art? J’aurais tendance à y croire et j’ai surtout maintenant une grande admiration pour les ouvriers de toutes sortes qui font des miracles avec leurs mains magiques.

Sur la photo vous voyez de la mousse expansive qui sort du couvercle isolant de la nouvelle glacière. Deux jours pour réaliser cette oeuvre…

Un oiseau de passage

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Un jour, un beau martin pêcheur est venu se poser sur un des bouts qui reliait le bateau à la terre. Il était là, à nous regarder, et nous étions là, à l’observer. Le temps d’un long silence.

Puis, il se laissa prendre en photo, immortalisant sa quiétude et les couleurs majestueuses de son plumage.

La photo était tellement belle qu’elle me donna le goût de le dessiner. J’aurai pu étaler sur papier les bleus et les turquoises de ses ailes et le doré de son poitrail, mais mes tubes d’aquarelles ne me semblaient pas à la hauteur de ses couleurs uniques.

Je le fis donc au crayon et comme ça, c’est votre imagination qui donnera vie à ses couleurs.

De la Patagonie à la Bretagne, ce dessin a maintenant été joliment encadré par Sylvie Lecoutre.

La fabuleuse histoire de Fanette l’Affreuse

Inspirée de mon extraordinaire chienne Fanette et créée avec amour pour ma belle nièce Axelle… Fanette l'Affreuse couvertureC’est l’histoire de Fanette l’Affreuse, chienne et équipière du célèbre pirate Chris le Téméraire. Fanette avait parcourue les océans avec son maître et capitaine à bord de leur grande goélette. Dans les nombreuses aventures qu’ils vécurent, elle y laissa un bout de queue et y abima un œil. Depuis, elle avait réellement l’aspect d’un pirate.Fanette l'Affreuse P1

En tant qu’équipière sur le bateau, Fanette devait tout faire: hisser la grand voile, barrer dans les pires conditions, laver le pont, coudre les voiles et plus encore. Même rendue à terre, elle devait chasser les lapins pour le repas du soir.Fanette l'Affreuse P2

Elle était épuisée de devoir obéir constamment aux ordres du Capitaine et de ne jamais pouvoir courir librement. Elle eut donc une brillante idée lors d’une longue escale sur l’île de la Barbade. Alors que le Capitaine croyait qu’elle courait toute la journée autour de l’île, Fanette l’Affreuse travaillait sans relâche à la construction de son propre bateau. Tout son temps, elle le passait à construire son petit voilier de bois juste pour elle.Fanette l'Affreuse P3

Par un beau matin ensoleillé, le bateau terminé, Fanette partit vers le large sans dire au revoir à son Capitaine. Elle était maintenant libre et seule maître de ses actions. Tout lui semblait parfait sur son petit voilier!Fanette l'Affreuse P4

Malheureusement, le soleil fit rapidement place aux nuages, à la pluie et au vent. Une grosse tempête s’abattit sur Fanette et son petit bateau. Habituée à se faire donner des ordres, Fanette était perdue. Elle décida d’affaler la grand voile, mais dans la manœuvre une rafale violente déchira la voile et brisa le mât…Fanette l'Affreuse P5

Fanette était découragée et ne sachant plus quoi faire, elle se laissa dériver comme une coquille de noix dans la mer déchaînée. En boule dans le fond du bateau, elle pensait à son maître et aux belles navigations qu’ils avaient fait ensemble.Fanette l'Affreuse P6

Pendant ce temps, Chris le Téméraire était très inquiet. Fanette ne revenait pas de sa promenade quotidienne. Le matin même, il avait vu un petit voilier disparaître au large et il s’inquiéta que ce soit la chienne têtue qui voulut naviguer en solitaire. La tempête se levait rapidement et sans plus attendre, Chris partit sur son bateau à la recherche de la Fanette.Fanette l'Affreuse P7

Le vent et les vagues faisaient valser le bateau de tous les côtés, mais Chris était bien décidé à retrouver la chienne perdue. À travers le rugissement du vent, il finit par distinguer une voix qui criait «AU SECOURS!» et bientôt il aperçût la Fanette suspendue à son bout de mât, désespérée.Fanette l'Affreuse P8

Chris réussit à attraper la chienne au dernier moment puis il la hissa à son bord.

«Ma belle Fanette, j’ai eu tellement peur de te perdre!» lui dit le Capitaine.

Fanette était triste d’avoir perdu son petit bateau et d’avoir échoué son projet de navigation en solitaire, mais en même temps, elle était si heureuse de retrouver son maître adoré. Elle avait cru périr dans cette tempête et c’est là qu’elle se remémorait tous les bons moments passés ensemble.Fanette l'Affreuse P9

Une fois sur la terre ferme, le Capitaine pût enfin la questionner sur les raisons de sa fuite. Les larmes aux yeux, la chienne lui expliqua qu’elle cherchait à avoir plus de liberté et qu’elle en avait assez de devoir toujours suivre ses ordres. Chris se sentit coupable car jamais il n’avait vu la Fanette comme une esclave. Pour lui, elle était une équipière et surtout une amie précieuse. Aussitôt les deux amis réconciliés, ils rêvèrent de futures aventures dans des contrées lointaines.Fanette l'Affreuse P10

Chris avait entendu parler d’un trésor enfouit sur la côte lointaine et sauvage du Groenland… Aussitôt l’idée énoncée, ils préparèrent le bateau pour un départ imminent vers les terres polaires. Ensemble, ils découvriront certainement tous les secrets du trésor!Fanette l'Affreuse P11

Telle mère, telle fille…

Dessin Andrée

« Yahou! »
Le bateau gite dans tous les sens. La barre à roue est dure à tenir.
« Hey, yahou! »
Les vagues éclaboussent le bateau et nous trempent jusqu’aux os. Mes doigts gelés deviennent blancs à force de tenir trop serrée la barre…
« Yahou, encore! »
Le temps est gris et pluvieux , le Cap Horn à l’air d’autant plus menaçant. Les vagues et le vent s’accentuent à son approche, mais le bateau marche bien et l’équipage tiens le coup.
« Encore plus! »
Dans ce groupe, il y a le Capitaine, moi, la Fanette (la chienne), quatre navigateurs aguerris et ma mère. Nous sommes tous gelés et détrempés surtout Fanette. Certains sont frappés par le mal de mer, d’autres sont en boule dans l’attente que ce moment passe, un moment qui semble interminable.
Quant à ma mère, elle est au premier rang sur le pont du bateau à prendre les vagues de plein fouet et surtout à crier à tu-tête: « Yahou! ». Elle adore, elle est dans une montagne russe, elle en veut plus, elle est intenable, elle fait rire tout le monde et, le plus important, elle fait oublier à tous leurs petits malheurs.
N’ayant jamais navigué, je m’attendais au pire… La faire naviguer dans les eaux les plus mouvementées était de la folie, mais la folie nous connait bien… Suite à nos aventures en vélo en Italie, à la traversée des montagnes blanches aux États-Unis, au voyage improvisé en Indonésie et bien d’autres folies qui nous mena au bout de routes inconnues, je savais que ma chère maman était prête à tout même à un Cap Horn sous un vent de 45 noeuds (80 km/h). Dans ce voyage de navigation qui dura en fait deux semaines, elle ajouta une touche de folie, de douceur et de joie à tout le groupe, au chien et peut-être même aux dauphins joueurs.
Et ça c’est ma maman. Et j’en suis très fière.

Les rencontres

IMG_0214Jack!

C’est au bout du monde que je rencontre depuis trois mois des gens extraordinaires, d’autres diraient hors de l’ordinaire…

Côtoyer ses personnages sortis tout droit de roman d’aventure me fait vite oublier la réalité de la métropole et surtout la routine quotidienne de notre siècle.
On se rends compte que tout est à la portée de celui qui possède de la motivation et de la persévérance.
C’est donc aux ports d’Ushuaia, de Puerto Williams ou au détour d’une caleta (mouillage) que l’on rencontre des navigateurs surprenants. Parmi ceux là, des marins solitaires en quête de défis, des couples naviguant à travers les océans en faisant l’école à leurs enfants, des vieux loups de mer qui accumulent sur leurs visages la dureté du vent et la douceur de la vie et d’autres qui commençant à naviguer sont avares d’apprentissage.

Deux d’entre eux m’ont marquée particulièrement compte tenu de nos passions communes: le dessin.

Le premier est Jack, un charmant garçon de 10 ans aux cheveux de feu et au regard d’artiste. Voyageant depuis déjà deux ans avec ses parents et son frère à travers le monde, il a pu développer son talent d’autoportrait durant ces longues navigations. Malgré son jeune âge et son apprentissage en solitaire, il a parfaitement compris les lois des proportions et perfectionne maintenant ses ombres et ses lumières. J’ai moi-même eu beaucoup de plaisir à le dessiner et je crois que ce dessin l’inspirera dans ses prochains portraits dessinés au milieu de l’océan Atlantique.

Le deuxième est Didier, un homme très doux aux yeux qui voient l’invisible. Un des plus talentueux artistes de « carnet de voyage » que j’ai rencontré. Un style qui donne de la vie à l’immobile et qui laisse l’imaginaire dessiner les blancs. Quinze ans qu’il dessine et peint! Si je me fis à cela, il me reste encore un peu de temps pour arriver à ce résultat.

Voici ce que ses rencontres m’ont inspirée.

IMG_0202Dessin de Didier

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IMG_0221Mes dessins de Puerto Williams, Chili

 

L’instant d’un sourire

voilier paradiseLe Cap Horn est maintenant derrière nous.

Malgré les 40 nœuds de vent et les vagues de travers, l’île s’est franchie sans trop de difficultés bien que les vagues nous ont trempés jusqu’aux os.

L’émotion d’avoir franchit le Horn n’a même pas eu le temps de se dissiper que des dauphins arrivent nous saluer, jouer dans le sillage bateau. Moi, je veux être aux premières loges du spectacle, mais comme on se fait encore brasser par les vagues et la houle, je dois m’attacher à la ligne de vie et ramper pour accéder a la proue. De là, tout me semble plus gros et plus fort; le vent, la houle, le cri des dauphins et même le Cap Horn me semble plus présent. Je m’amuse à observer le va et vient des dauphins. Je les attends rirent et je rigole avec eux. J’ai les yeux et le cœur d’un enfant devant son plus beau jouet. Le moment est magique, magnifique. Jusqu’à ce qu’une puissante vague m’éclabousse le visage. J’ai de l’eau salée des oreilles au fond de la gorge et cela, contrairement à ce que l’on peut penser n’a qu’accentué ma joie de vivre de moment, ce moment present.

 

coucher soleil snipe    montagne soleil    nuages roses

Les yeux mouillés salés et le coeur doux

aquarelle cinquo estrellas

Vent de face à plus de 35 nœuds (65 km/h), les vagues frappent le bateau de travers et nous éclaboussent sans prévenir. Le capitaine se tourne à chaque fois qu’il sent qu’on va se faire arroser, mais moi, je ne connais pas encore la routine des vagues et à chaque fois je me prends une douche d’eau salée glacée. J’ai le visage dégoulinant, les yeux qui brûlent et les mains congelées, figées à la barre. J’ai peine à garder le cap avec ma vision brouillée. Je demande à Christophe, le capitaine, de reprendre le relais pour que je descende à la cuisine pour préparer le dîner.
Moi qui croyais à un répit du froid et de l’eau du pont, me voilà en train de valser avec les patates, les plats et les couteaux. J’ai décidé de cuisiner un pâté chinois, recette simpliste, mais elle me semble soudainement d’une complexité insoupçonnée. Le mal de coeur me gagne tranquillement, je dois prendre de grandes respirations à chaque action. J’ai chaud, ma bave s’épaissie, mais jusqu’au bout j’empile un par-dessus l’autre la viande haché, le blé d’inde et les patates pilées. Enfin, je mets le plat au four comme un soulagement. Je sors le plus vite possible à l’extérieur, mes bottes et mon manteau à la main, j’ai besoin d’air plus que de chaleur pour le moment. Je m’habille sur le pont en fixant intensément l’horizon pour donner un repère à mon mal de coeur… J’ai vingts minutes pour reprendre mes esprits avant de redescendre à la cuisine pour servir le repas.
Ce repos est passé trop vite pour stabiliser mon état et je me retrouve malgré moi à servir chaque bol comme si c’était le pire supplice. Ça brasse tellement à l’intérieur que mes pieds n’arrivent plus à s’ancrer au sol et les bols veulent voler dans tous les sens. J’arrive sans le croire au dernier bol et je m’empresse de regagner le pont. Tout le monde à l’air satisfait du repas qu’ils engloutissent pendant que c’est encore chaud. Je me dépêche donc moi aussi à manger mon dîner, mais le pâté se dépêche lui aussi… à ressortir… Tête par-dessus bord, je dois admettre que j’ai perdu contre le mal de mer. C’est une bataille de perdue, mais la guerre n’est pas terminée.

J’ai déjà hâte aux défis que demain me réserve.

dessin venus cinquo estrella             aquarelle ciel gris