Vivez un moment Antarctique

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L’Antarctique reste toujours autant indescriptible, mais je vais essayer de vous partager un des moments magiques de ce voyage hors du temps.

On navigue au petit matin après une « nuit » où le coucher et le lever de soleil se succèdent. On arrive à la péninsule après notre fabuleuse escale dans la mythique île volcanique de Déception. À peine sortie du bateau pour commencer mon quart, j’y vois entre les icebergs une baleine à bosse sauter hors de l’eau! Produisant un grand « boom » dans le silence Antarctique.

On arrive près du mouillage repéré sur les cartes, mais il est rempli de glaçons plus gros que le bateau. On fait demi-tour malgré nous pour essayer de trouver un autre mouillage de l’autre côté de la pointe. On mouille donc dans cette baie paradisiaque entourée de manchots et d’icebergs gigantesques. Mais avec l’annonce de vent de Sud-Est, l’endroit ne plaît pas beaucoup au capitaine… On reprends donc la route vers l’inconnue après cette trop courte escale.

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À peine sortis du mouillage on voit un regroupement d’orques passer derrière le bateau. Décidément, nous sommes vraiment dans un endroit merveilleux. Sous le soleil, sans un souffle de vent on continue notre route le sourire aux lèvres. Juste au moment où Yves, notre équipier, rentre dans la douche, le vent se lève. On passe de zéro à trente noeuds en quelques minutes. On se mets à avancer à 8-9 noeuds sous trinquette seule. Yves ressors de sa douche sportive sans trop comprendre comment le temps à changer si rapidement… Bien vite, on arrive dans les glaces; un mur de glaçons se forme devant nous. On se met à zigzaguer tant bien que mal pour les éviter. On est plusieurs postés à gauche et à droite pour indiquer la direction au barreur. Tout le monde sans se le dire se demande si on va réussir à passer ou si on devra faire demi-tour. Miraculeusement, les glaces ont diminués et le vent à l’approche de l’île a aussi fini par baisser. Après quelques heures de navigation assez stressantes, tout le monde est heureux que ça se termine, mais aussi heureux d’avoir vécu ce moment si particulier. Malheureusement, dans les vagues, le vent et l’incertitude personne n’a pris de photo. Ce moment ne restera donc que dans nos mémoires.

On arrive près d’une île que l’on ne connait pas, où l’on espère trouver un abris pour la nuit, car voilà déjà près de 48 heures que l’on navigue. Notre merveilleux capitaine nous trouve une baie magnifique bordée de glaciers et d’une colonie de manchots jugulaires! Mon coup de coeur!

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On y passe la nuit en faisant tout de même des quarts de mouillage. D’ailleurs on a dû remouiller en pleine nuit à cause qu’un iceberg de la taille d’un bus est venu nous coller d’un peu trop près.

Le lendemain, on se reveille avec toujours le magnifique soleil qui ne se couche jamais et sous le ciel bleu on pars explorer la côte. On monte assez haut pour y voir Venus en tout petit et les sommets des montagnes aux alentours. Il y a tellement peu de bruit qu’on y entend même les baleines qui se promènent dans la baie!

On pars malgré nous de cet endroit merveilleux pour gagner un autre mouillage de la péninsule. Et là, après quelques minutes de navigation on se doit de couper le moteur car les baleines à bosses sont partout autour de nous. On ne sait plus où regarder. On entends leurs souffles rauques à chacune de leurs sorties. L’une d’elle me fait lâcher un petit cri quand elle sort à quelques mètres du bateau. Le temps s’arrête pour nous; pour vivre un instant au rythme des souffles.

Et le voyage à continuer comme ça dans le temps suspendu des jours sans nuit.

En espérant que vous avez pu, au rythme de mes mots, vivre un peu de la magie Antarctique.

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L’Antarctique selon Christophe

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Texte de mon amoureux et capitaine Christophe
Dessins et aquarelles d’Emma

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Quelle image vous vient à l’esprit lorsque l’on vous évoque l’Antarctique?

Du blanc, des glaces, des manchots et des baleines…

J’étais très loin d’imaginer ce que pouvait représenter un tel mot, combien d’images et d’émotions resteraient gravées à tout jamais dans ma mémoire.L'Antarctique sur Venus MQ-210

C’est presque sur un coup de tête que notre projet est né, sans bien y réfléchir, sans peser l’implication que ça demanderait. Pas loin d’une année avant, nous avons remonté le bateau au nord des canaux de Patagonie pour le préparer. Venus devra affronter le Drake et ses fameuses tempêtes, alors rien ne doit être laisse au hasard. Au programme:  de nouvelles voiles, une révision complète et de nouveaux haubans!

Dès le début du Drake après avoir perdu de vue le phare du Cap Horn, la météo nous a dépêchée à grands pas vers cet autre monde. Les premières glaces sont apparues nous laissant tous sans voix, livrés à ces monstres immobiles. Puis ce sera un autre puis un suivant et enfin un bout de terre! Que dis-je, un monceau de glace sur un contient caché. C’est incroyable comme sensation, de ne pas réussir à calquer un modèle existant sur ce panorama. Ça en est réellement époustouflant!

On découvre au fur à mesure cet espace démesuré, perdons la notion de distance. On se reprend plusieurs fois sur la carte à vérifier notre position et en prenons plein les mirettes.

Enterprise, ce mouillage où une ancienne baleinière est échouée nous dévoile ce passé bien difficile.

Les glaces, qui bloquent les accès aux petits canaux, qui dérivent avec les courants, qui vous surprennent au milieu de votre nuit.

Et surtout les manchots Papou, curieux indépendants, qui mènent leurs vies déraisonnées.

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La lenteur des baleines, évoluant gracieusement au milieu de ces eaux parsemées de glaçons.

Enfin, cette chaleureuse entente à bord, ces amis qui auront partagé ces instants et qui resteront les amants de cet Antarctique Vénusien.

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Le cahier rouge de Didier

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Portrait de Didier à l’oeuvre, son précieux cahier rouge en mains. Dessin par Emma

Didier Vassal, un homme qu’on gagne à connaître…

On l’a rencontré l’an dernier dans les canaux de Patagonie, ayant remonté son voilier Zigoto jusqu’en France, j’avais peu d’espoir de le revoir un jour dans les parages. Mais cet automne, j’ai osé lui proposer de venir avec nous pour notre croisière Antarctique. J’ai eu la chance d’avoir une réponse positive! Didier est donc arrivé à Ushuaia, tout sourire, près pour l’aventure, l’imagination plein la tête et avec un sac rempli de matériel d’aquarelle. J’avais déjà été séduite par son talent l’an dernier, mais là j’ai pu réellement en profiter! C’est donc avec un énorme plaisir qu’on a pu partager de précieux moments à dessiner et peinturer ensemble.

Il m’a aidé à mettre plus de couleurs tout en laissant du blanc, il m’a fait fait voir plus loin que les photos ou les paysages, il m’a motivé à dessiner à tout moment (même avec les mains qui gèlent), il m’a fait comprendre que tous les détails ne sont pas toujours nécessaires et surtout j’ai pu apprécier ces moments de pur bonheur à simplement dessiner.

Vivez un peu de l’Antarctique en dessin…

Un exemple de dessin qu’on a dessiné en même temps:

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Venus au mouillage Entreprise par Didier

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Venus au mouillage Entreprise par Emma

Un échantillon du cahier de Didier:Dessin cahier Didier Antarctique-4

Notre premier mouillage à Melchior, avec vue sur un front de glace!Dessin cahier Didier Antarctique-8
Mouillage Entreprise, Venus caché par la rouille de l’épave.Dessin cahier Didier Antarctique-6Aquarelle faite en navigation, les mains gelées…

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Manchots et sternes AntarctiquesDessin cahier Didier Antarctique-3
Il y avait des agrumes sur la table… Les couleurs étaient belles… On a dû attendre la fin du dessin pour les manger…Dessin cahier Didier Antarctique-15
Mouillage de Dorian Cove, aux côtés des manchots!Dessin cahier Didier Antarctique-18
Un moment de bonheur partagé au sommet du Mont Patrick

 

 

 

Comment décrire l’indescriptible?

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Le soleil se couche au pied du Cap Horn et colore le ciel de tons dorés.

Je suis à la barre depuis près d’une heure, les dauphins et les phoques ne se sont pas encore lassés de nous suivent. À tour de rôle, ils jouent à la proue du bateau, à faire des sauts hors de l’eau et à nager les uns contre les autres. On dirait qu’ils veulent s’assurer qu’on revienne les voir. Un vent léger nous pousse tranquillement vers le Sud, on n’aurait même pas osé rêver d’un aussi beau départ pour l’Antarctique. Mon premier quart se termine avec les dernières lueurs du jour. J’ai droit à quelques heures de repos à la chaleur de Venus puis la boucle recommence.

Le bateau se comporte merveilleusement bien dans les vagues croisées du Drake. On se relais à la barre à toutes les heures, ça prend une bonne concentration pour garder le cap et pour ne pas se faire surprendre par les vagues de plus en plus grosses. Sous le ciel étoilé, moi et Christophe s’amusons à faire surfer le bateau le plus rapidement possible.

Au fil des quarts, on oublie l’heure, le jour de la semaine, on en vient même à oublier sa vie d’avant et on ne réfléchit plus à après. Seul le refroidissement de l’air nous rappelle notre descente vers le grand sud. Et puis, dans le brouillard opaque du 62ème degrés Sud, on le voit enfin, notre premier glaçon. Il flotte à côté de nous comme si de rien n’était. Il est petit, de la taille d’un camion… En regardant l’écran du radar un comprend qu’il est le produit d’une usine à glace, un iceberg tabulaire à quelques miles de nous, mais on ne le voit pas, on ne voit rien dans le brouillard blanc, à partir de maintenant notre vigilance est de mise.

Quelques heures plus tard dans un brouillard un peu moins opaque, je l’aperçois; le monstre de glace. D’abord, on ne voit qu’une légère ligne contour sur l’horizon blanc. Puis, plus on se rapproche, plus on comprend la grosseur, la sévérité et la beauté de la glace. Un fort sentiment me prend au ventre, une excitation incontrôlable. Pourtant, je connais l’importance du moment, je dois regarder sans ciller les glaçons possibles au-devant du bateau, car même un petit glaçon pourrait l’endommager. Ma concentration balance entre l’observation d’éventuels glaçons et le désir de voir l’immensité du tabulaire à bâbord. Les vagues se brisent violemment sur sa glace bleue et en font un spectacle dont on ne peut se lasser.

Il nous reste moins de 24 heures pour finalement atteindre la péninsule, on devra veiller sans relâche.

Plusieurs nous ont dit qu’on sentait venir les icebergs. Pourtant, la glace n’a aucune odeur… Et bien, je les ai sentis venir, lors de mon dernier quart, j’ai vu un autre tabulaire au loin, puis un deuxième, puis rapidement un troisième et quelques minutes, nous étions entourés d’icebergs énormes. Le brouillard s’étant presque complètement levé, on se demande si l’on n’était pas mieux dans l’ignorance. La navigation devient rapidement corsé pour zigzaguer entre les glaces, mais Christophe assure comme toujours. Ça fait déjà un moment que mes deux heures de quarts sont terminées et que j’ai les mains et les pieds gelés, mais il m’est impossible de rentrer, impossible de manquer ne serait-ce qu’une minute de ce spectacle sans prix. On passe tout près d’un magnifique tabulaire, on l’entend même craquer sous la force des vagues. Selon le GPS, on est qu’à quelques miles de la côte, mais on ne voit toujours pas la terre. L’Antarctique nous a réservé la plus belle des arrivées, car après ce passage magique entre les glaces, les nuages se sont dissipés comme un levé de rideau pour nous faire découvrir la péninsule sous un ciel bleu. Les montagnes trop blanches semblaient irréels. Le ciel trop bleu semblaient être peinturé. Pour ajouter à l’impensable, les baleines sont venues nous saluer. C’était à en verser une larme. Et on s’est senti flotter jusqu’à notre premier mouillage aux îles Melchior.

L'Antarctique sur Venus MQ-159Le moment était trop important et trop magique pour prendre des photos, je le garde en tête et ses images me feront rêver encore et encore

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L’inexploré, Antarctique

XP antarctik logo sans sloganXPA alex a ski

On se réveille avec le bruit du vent. La tempête fait rage à l’extérieur. La tente plie sous la force des rafales. Frank se lève avec difficulté, il n’a pas l’air plus en forme ce matin, mais on avait dit qu’on partait du camp aujourd’hui peu importe son état.

Je sors à l’extérieur confirmer la force des vents, j’ai de la misère à rester debout… Ça va être un défi presque qu’impossible d’avancer là-dedans.

Ça nous prend une éternité pour défaire la tente de tous ses ancrages. En plus, elle se fait enterrée au fur et à mesure qu’on la défait. Même si nous sommes tous le plus efficace possible, démonter le camp est une vraie mission dans ces conditions. L’image de l’équipe en train de peiner à ranger la tente m’amène un questionnement: sommes-nous en train de faire une erreur? Jamais nous pourrons remonter la tente dôme dans ces conditions. En plus, l’état de Frank est critique, il survit sous l’abri d’urgence depuis des heures, redoutant l’heure du départ. Vraiment, est-ce la bonne décision?

Alex a l’air sûr de lui, du moins c’est ce qu’il nous laisse paraître. Sa confiance nous donne la force de continuer.

Après des heures de préparation qui m’ont paru infinies, les deux cordées sont prêtes à passer à l’attaque. Frank est trop faible pour s’occuper de lui-même. Je dois donc lui mettre son harnais, ses skis, son sac et faire ses nœuds à sa place. Les mousquetons sont gelés, je dois donc constamment retirer mes mitaines pour les dégelés. Mes mains sont froides, blanches et de moins en moins fonctionnelles. Ce n’est pas gagné d’avance.avant

Notre visibilité est d’environ dix mètres, c’est donc primordial que les deux cordées restent groupées pour ne pas se perdre. Je suis première de la deuxième cordée et ma mission est de ne jamais perdre Frank des yeux, qui est dernier de la première cordée. Comme nous sommes sur des cordées différentes, je peux me permettre de marcher côtes-à-côtes avec lui. Je suis donc disponible s’il a besoin de quoi que ce soit ou s’il a un malaise. Nous ne voyons même pas Sam devant nous, le seul indice pour nous indiquer le chemin est la corde qui se tend et se détend devant Frank. Je sens de la tension sur la corde derrière moi. Je ne sais pas si c’est mon traîneau qui me frêne ou si c’est ma cordée qui a de la misère à avancer… Je vois Frank disparaître dans un rideau de brume… Je ne peux me permettre de le perdre donc peu importe les problèmes qui se passent à l’arrière, je fonce, entraînant avec moi le reste de mon équipe.

Ma vision s’embrouille, mes lunettes givrées ne me laissent que 10% de visibilité. Je me sens comme une aveugle sans son chien guide. On se fait fouetter par de forts vents de côté. Garder l’équilibre est de plus en plus difficile. Je vois Frank osciller devant moi. Je sens mon masque de néoprène se durcir sur mon visage. Il s’y accumule un bon centimètre de glace et cela rend ma respiration difficile. Le vent s’intensifie. Mais qu’est-ce qu’on fait là?

Texte écrit lors d’une expédition de 41 jours dans un territoire inexploré de l’Antarctique.

Pour plus de détails sur l’expédition voir: www.xpantarctik.com

Crédit photo: Caroline Côté

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Le petit drapeau rouge

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Je suis première de cordée. Je descends suivi du reste de mon équipe dans la neige fraîche des derniers jours, dans le blanc totale de la tempête d’aujourd’hui. Je suis les drapeaux jusqu’au camp, ils sont mon seul repère dans cette immensité blanche.

Je ne vois plus qu’un drapeau devant moi. Il m’a l’air vraiment seul dans le blanc environnant. Je focus sur le bout de duck tape rouge à son extrémité. Je ne sais pas si je monte ou si je descends, je n’ai aucun repère. Mon regard n’est que pour ce bambou qui, après la chute de Frank, confirme qu’il peut nous sauver la vie.

Ce « bambou rouge sur fond blanc » marquera mon esprit, marque ce blanc d’une touche de couleur et nous donne un peu d’espoir dans cet environnement hostile.