D’un paradis à l’autre

Il y a un peu plus de quatre mois, nous étions encore entourés des glaces bleues et du silence poétique de l’Antarctique. Nous voici, plus de 6 000 milles nautiques (11 000 km) plus loin, dans les eaux turquoise de Polynésie.

Poisson polynésien

En avion, on ne se rend pas compte de la distance parcourue, mais en bateau, le temps passe au fil des milles et sans y penser on laisse les cirés et les bottes de côté, puis on sort les chapeaux, les sandales et la crème solaire. Jour après jour, on se rapproche de la destination, mais n’ayant aucun point de repère au milieu de l’océan, c’est seulement le petit bateau sur le GPS qui nous confirme notre avancé.

Sur notre route à travers l’océan Pacifique, nous avons eu la chance de nous arrêter à l’Île de Robinson Crusoé et à l’Île de Pâques. Deux pauses bien méritées et c’est comme un miracle lorsqu’on a vu apparaître au loin une silhouette de montagne et peu à peu l’odeur de la terre et des arbres.

Sterne Antarctique

Pour moi, les navigations hauturières sont des moments où le temps semble s’arrêter. On est dans une routine de quart de nuit, de manoeuvres, de pêche et de cuisine. Rien n’a vraiment d’importance sauf le prochain thon sur la ligne à pêche…

L’arrivée sur les îles est une tout autre affaire. Les stimulations sont nombreuses et l’envie de bouger nous donne des ailes. Les odeurs et les couleurs semblent tellement surréalistes. Puis, peu à peu on se réadapte à la vie terrestre et on en vient même à oublier nos longues nuits en mer.

Arrivés aux Gambier (Est de la Polynésie), j’ai pu reprendre mes aquarelles. Les palmiers et les atolls sont bien différents des glaces et des montagnes d’Antarctique… Je m’adapte tranquillement à ce nouvel environnement où les couleurs et la vie ne manquent pas.

 

Aux atolls polynésiens
Des montagnes de Patagonie au



Vivez un moment Antarctique

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L’Antarctique reste toujours autant indescriptible, mais je vais essayer de vous partager un des moments magiques de ce voyage hors du temps.

On navigue au petit matin après une « nuit » où le coucher et le lever de soleil se succèdent. On arrive à la péninsule après notre fabuleuse escale dans la mythique île volcanique de Déception. À peine sortie du bateau pour commencer mon quart, j’y vois entre les icebergs une baleine à bosse sauter hors de l’eau! Produisant un grand « boom » dans le silence Antarctique.

On arrive près du mouillage repéré sur les cartes, mais il est rempli de glaçons plus gros que le bateau. On fait demi-tour malgré nous pour essayer de trouver un autre mouillage de l’autre côté de la pointe. On mouille donc dans cette baie paradisiaque entourée de manchots et d’icebergs gigantesques. Mais avec l’annonce de vent de Sud-Est, l’endroit ne plaît pas beaucoup au capitaine… On reprends donc la route vers l’inconnue après cette trop courte escale.

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À peine sortis du mouillage on voit un regroupement d’orques passer derrière le bateau. Décidément, nous sommes vraiment dans un endroit merveilleux. Sous le soleil, sans un souffle de vent on continue notre route le sourire aux lèvres. Juste au moment où Yves, notre équipier, rentre dans la douche, le vent se lève. On passe de zéro à trente noeuds en quelques minutes. On se mets à avancer à 8-9 noeuds sous trinquette seule. Yves ressors de sa douche sportive sans trop comprendre comment le temps à changer si rapidement… Bien vite, on arrive dans les glaces; un mur de glaçons se forme devant nous. On se met à zigzaguer tant bien que mal pour les éviter. On est plusieurs postés à gauche et à droite pour indiquer la direction au barreur. Tout le monde sans se le dire se demande si on va réussir à passer ou si on devra faire demi-tour. Miraculeusement, les glaces ont diminués et le vent à l’approche de l’île a aussi fini par baisser. Après quelques heures de navigation assez stressantes, tout le monde est heureux que ça se termine, mais aussi heureux d’avoir vécu ce moment si particulier. Malheureusement, dans les vagues, le vent et l’incertitude personne n’a pris de photo. Ce moment ne restera donc que dans nos mémoires.

On arrive près d’une île que l’on ne connait pas, où l’on espère trouver un abris pour la nuit, car voilà déjà près de 48 heures que l’on navigue. Notre merveilleux capitaine nous trouve une baie magnifique bordée de glaciers et d’une colonie de manchots jugulaires! Mon coup de coeur!

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On y passe la nuit en faisant tout de même des quarts de mouillage. D’ailleurs on a dû remouiller en pleine nuit à cause qu’un iceberg de la taille d’un bus est venu nous coller d’un peu trop près.

Le lendemain, on se reveille avec toujours le magnifique soleil qui ne se couche jamais et sous le ciel bleu on pars explorer la côte. On monte assez haut pour y voir Venus en tout petit et les sommets des montagnes aux alentours. Il y a tellement peu de bruit qu’on y entend même les baleines qui se promènent dans la baie!

On pars malgré nous de cet endroit merveilleux pour gagner un autre mouillage de la péninsule. Et là, après quelques minutes de navigation on se doit de couper le moteur car les baleines à bosses sont partout autour de nous. On ne sait plus où regarder. On entends leurs souffles rauques à chacune de leurs sorties. L’une d’elle me fait lâcher un petit cri quand elle sort à quelques mètres du bateau. Le temps s’arrête pour nous; pour vivre un instant au rythme des souffles.

Et le voyage à continuer comme ça dans le temps suspendu des jours sans nuit.

En espérant que vous avez pu, au rythme de mes mots, vivre un peu de la magie Antarctique.

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